Dans l'échange de commentaires d'un autre article (
suivre ce lien) je déplorais que les
difficultés vécues par d'anciens salariés du journal écologique
L'Âge de Faire soit exposées par des messages anonymes, des posts anonymes
sur un forum (incluant un message signé "Alain Duez") et un article du journal concurrent
La Décroissance, sans aucun document
susceptible d'étayer les propos accusateurs. Cet anonymat, l'absence d'un dossier et la publication dans un média concurrent, ne pouvaient qu'alimenter la croyance en un « coup monté » contre le
journal. Il n'y a aucune raison que le choix entre les vérités des uns ou des autres ne se base que sur la croyance en leur bonne foi. Il y a un conflit, c'est certain, mais si nous devons être
pris à parti en tant que lecteurs du journal ou enthousiastes du projet
L'Âge de faire, nous avons droit à plus que des rumeurs…
Cet anonymat est levé aujourd'hui. Je viens de recevoir une lettre ouverte de Patrick LEVIEUX que je reproduis ci-dessous, ainsi que sa lettre de démission adressée au CA de
l'association.
Par la suite j'ai reçu d'autres documents, parmi lesquels la lettre adressée à la Direction départementale du travail par des employés et ex-employés de l'association, le 12 février 2007, que je
reproduis après avoir masqué les noms (
suivre ce lien).
3 mai 2008
La discussion amorcée dans les commentaires de cet article continue sur le blog :
http://remousalagedefaire.over-blog.com/
Utiliser le lien « contact » au bas de la page d'accueil pour envoyer un article.
20 juillet 2008
Le site d'Acrimed vient de publier le droit de réponse d'Alain Duez :
http://www.acrimed.org/article2930.html
Le même droit de réponse figure sur le site de
L'Âge de faire, ainsi que les
réponses des salariés
et un
recueil de témoignages de proches du journal ou de son fondateur.
Date: Thu, 01 May 2008 00:48:11 +0200
From: Patrick LEVIEUX
Bonjour,
Vous êtes, pour la plupart d'entre vous, membres du conseil d'administration de L'âge de faire, et à ce titre que je vous envoie ce dossier. Alain Duez est un homme que j'aime profondément,
pour qui j'ai une très grande admiration et une très haute estime. En d'autres circonstances j'aurais pu être son ami. Le malheur a voulu que je sois son salarié. Par delà l'affection que je
porte à Alain Duez, il y a des principes éthiques qu'on ne peut immanquablement laisser piétiner. C'est mon devoir d'homme libre de dénoncer des pratiques qui sont incompatibles avec les valeurs
humanistes.
Qu'est ce que le travail? A quelle condition le travail permet-il à l'être humain de s'épanouir? Le travail permet à l'homme de s'épanouir dès lors que celui-ci possède l'autonomie intellectuelle
pour se représenter la tâche qu'il veut accomplir, puis parvient à la réaliser en extériorisant sa représentation intellectuelle. Ainsi, le menuisier va se représenter la table qu'il veut
construire, la concevoir dans son esprit puis l'extérioriser en la fabriquant. C'est ce qui différencie l'homme de l'abeille, qui elle n'intériorise pas. C'est par la globalisation de ce
processus que l'homme se réalise pleinement. Pourquoi beaucoup de travailleurs sont, de par le monde malheureux? Parce qu'au nom de la rationalisation du travail, les tâches sont
aujourd'hui séquentialisées. Le travail à la chaine ne permet plus au travailleur de se réaliser.
Pourquoi à L'âge de faire il y a tant de souffrance? Parce que le travailleur ne peut s'épanouir, car sa capacité de se représenter une idée et de la réaliser par le travail est devenue une
chose impossible. Alain Duez, reprenant le mot de Miguel Benasayag se définit non comme "un homme de pouvoir", mais "un homme de puissance". Qu'est-ce que la puissance pour Alain Duez? C'est la
capacité de s'octroyer le pouvoir de faire, c'est à dire de se représenter une idée et de la réaliser. L'ennui pour ses salariés est que ce pouvoir, seul Alain Duez se l'attribue. Par son
omnipotence, son omniprésence, sa volonté de tout contrôler, de s'occuper de tout jusque dans les détails les plus infimes, Alain Duez a ôté la puissance d'agir de ses salariés.Un travailleur qui
ne possède même plus l'autonomie d'organiser son propre travail est condamné à dépérir.
Les évènements récents et en particulier la parution d'un
article dans le journal La Décroissance, auraient pu amener Alain
Duez à réfléchir à la situation. Au lieu de cela, fidèle à des pratiques staliniennes des années 50, le voilà à se poser en victime en criant au complot. J'ai tiré la sonnette d'alarme à
plusieurs reprises, sur la situation de souffrance dans l'entreprise, j'ai même lancé un invitation au restaurant pour en parler en tête à tête, qu'Alain Duez a aussitôt déclinée.
Aujourd'hui, le débat qui n'a pu avoir lieu à Salignac se répand sur la place publique et c'est une très bonne chose. On peut même espérer qu'Alain Duez attaquera La Décroissance devant les
tribunaux, le débat n'en sera que plus public, et ce sera l'occasion d'inviter la presse nationale et la presse alternative à rejoindre cette discussion. Ce sera l'occasion pour que ces salariés
qui ont porté ce beau projet de L'age de faire, de venir raconter ce que fut leur calvaire sous la direction d'Alain Duez.
Il ne s'agit pas ici d'accabler un homme qui a donné beaucoup pour ce beau projet, mais de l'inviter à reconnaitre qu'il s'est trompé dans la manière de diriger ses
équipes. Chaque homme a droit à l'erreur. Personne n'est infaillible, y compris - surtout - Alain Duez. Le moment est peut être venu de reconnaitre qu'on aurait pu éviter
toute cette souffrance. Si vraiment Alain Duez est un homme de bien, alors qu'il accepte de reconnaitre ses erreurs, ce sera un grand pas vers la reconnaissance de l'humanité qui est dans
autrui.
Vous trouverez en pièces jointes un ensemble de documents qui visent à montrer ce qui se passe réellement dans les locaux de l'âge de faire.
Le texte 1 présente au membres du conseil d'administration de L'âge de faire, les raisons, de la démission de Patrick Levieux.
Le texte 2 est un échange de mails qui apporte un éclairage, par un exemple concret, sur les méthodes de travail d'Alain Duez. Dans ce texte est contesté à Alain Duez le droit
d'hurler sur ses salariés.
Le texte 3 montre comment s'opère le caractère autoritaire d'Alain Duez: lui seul sait ce que le lecteur veut lire.
Le texte 4 évoque l'intérêt d'Alain Duez pour la manipulation.
Le texte 5 est la lettre de démission de Claire. Elle y dénonce le caractère manipulateur d'Alain Duez.
Le texte 6 est la lettre de Ninon, qui apporte son éclairage sur le fonctionnement très hiérarchisé de L'âge de faire.
Le texte 7 est le fichier des gens qui sont passés par L'âge de faire, leur type de contrat, et montre l'important turn-over qui y règne. Loin d'être des fainéants comme l'affirme Alain
Duez dans La Décroissance ils ont cherché à vivre en conformité avec leurs principes.
Texte 1 - Lettre de démission de Patrick Levieux
Bonjour,
Je m’appelle Patrick Levieux. Je viens de démissionner de L’âge de Faire. J’ai été recruté le 3 janvier pour un CDD qui courrait jusque fin juin. J’ai été embauché sur la base de mon expérience
professionnelle. J’ai une expérience de près de 17 ans dans la presse. J’ai été journaliste à la Voix du Nord, Liberté, L’Humanité Dimanche, Le Havre presse, Paris Normandie, La Bourgogne
Républicaine, La Marseillaise. J’ai été rédacteur en chef de nuit, chef de service, responsable d’édition. J’ai reçu le prix Alexandre Varenne qui récompense le meilleur reportage paru dans la
presse régionale française. J’ai redessiné et mis en place une nouvelle formule pour le quotidien La Marseillaise, ce qui a nécessité une très lourde coordination avec les équipes qui
comprenaient plus de deux cents personnes à la rédaction, l’administration l’imprimerie ou les services commerciaux. J’ai aussi été professeur de lettres modernes et de philosophie.
Je continue d’ailleurs à dispenser quelques heures de cours dans le cadre de l’université de Provence.
Je suis venu travailler à Salignac dans une démarche existentielle. Je voulais vivre une expérience de simplicité volontaire, gagner moins, vivre mieux, partager. Je m’adresse à vous
aujourd’hui pour tout simplement vous dire que ce qui se passe aujourd’hui à L’âge de faire dépasse l’entendement.
D’abord une remarque à propos de l’équipe, de toute mon expérience professionnelle, je n’ai jamais vu, sur une surface aussi réduite un tel concentré d’intelligence, de dévouement, de
compétence. Une équipe extraordinaire.
Alain Duez n’a jamais reconnu cet aspect des choses. Pour lui, la jeunesse actuelle ne serait pas rigoureuse, serait hermétique aux impératifs de l’entreprise, refuserait toute forme d’autorité.
Ce discours est parfaitement erroné. Les jeunes gens qui travaillent à L’âge de faire ont en moyenne un niveau d’études de bac +4. Or, poursuivre des études demande beaucoup de rigueur,
d’organisation, d’abnégation et de soumission tant les règles universitaires sont contraignantes. Les jeunes gens de L’âge de faire se sont donné les moyens techniques et intellectuels pour vivre
leur engagement avec compétence. Or, la question qu’il faut se poser c’est pourquoi Alain Duez ne cesse de dénigrer une partie de cette équipe. A l’entendre, le désordre
menacerait.
Alain Duez fait régner un climat difficile. Il décide de tout, pour tout et tout le temps. C’est lui qui décide de l’aménagement des bureaux. Un salarié à L’âge de faire ne peut pas aménager son
espace de travail comme il l’entend, il n’a même pas la possibilité de s’orienter comme il le souhaiterait. Alain Duez invoque des questions de sécurité, alors que les locaux de L’âge de faire ne
respectent aucune norme de sécurité, pas d’extincteur, par de signalisation des issues de secours, installation électrique plus que douteuse. Même dans les administrations le
secrétariat a quelque liberté pour organiser son espace de travail. Alain Duez a fait sceller les bureaux, pour être certain que tout reste comme il l’a décidé. L’organisation
des bureaux semble soumise à des impératifs de contrôle. Alain Duez veut voir ce que les écrans de ses salariés affichent quand il entre dans une pièce.
De la même manière, Alain Duez veut avoir le contrôle absolu des horaires. Là aussi, qu’il y ait une permanence téléphonique qui soit assurée dès 9 heures et même plus tôt, se conçoit tout
à fait. Mais là encore c’est d’autre chose dont il s’agit, de la même manière qu’Alain Duez veut contrôler la manière dont les individus se positionnent dans leur espace, il veut aussi contrôler
leur gestion du temps. Que pour des impératifs de travail, le salarié reste jusque 21h au lieu de 17h30, le lendemain il sera accueilli par un reproche s’il arrive à 9h10 au lieu de 9
h.
Voilà comment on créé un climat de terreur. A cela s’ajoute bien sûr l’intervention d’Alain Duez dans les procédures de travail. Alain Duez déstructure systématiquement les services
afin que les salariés ne puissent jamais construire leur travail sur des repères stables. Sa technique consiste là aussi à ôter peu à peu toute forme d’autonomie à l’individu, afin que lui,
Alain Duez, soit le seul à émerger dans sa toute puissance. Alain Duez ressemblerait presque à un vampire qui se nourrirait des idées, de la vitalité, de l’enthousiasme des gens qui
viennent se donner pour ce beau projet, puis il les dévitaliserait pour ensuite les broyer. Sans vouloir charger la barque, on peut dire que l’ego surdimensionné d’Alain Duez est
profondément destructeur.
Il y a aujourd’hui des gens qui souffrent à L’âge de faire, et ceux de l’ancienne équipe qui sont passés par Salignac ont vécu cette expérience come un véritable traumatisme. Aucune cause
ne mérite qu’on fasse souffrir des gens. C’est une question d’éthique.
Alain Duez est certes un homme extraordinaire, par sa persévérance, sa capacité à rebondir, son acharnement à défendre ses idées. L’homme est plutôt sympathique lorsqu’on l’aborde en public. Mais
dans un contexte professionnel, Alain Duez est différent. Les principes qui animent sa démarche publique semblent s’arrêter au seuil de L’âge de faire.
L’âge de faire est un très beau projet, mais il semble qu’Alain Duez ne possède pas les qualités humaines requises pour diriger une équipe. Cet homme peut même s’avérer dangereux pour ceux
qui travaillent avec lui, tant les stigmates semblent indélébiles. Vous êtes membre du conseil d’administration, à vous de prendre vos responsabilités. Vous pouvez toujours organiser l’audition
de la totalité des personnes qui sont passés par L’âge de faire, vous aurez alors une vision globale de ce qui se passe réellement dans ses murs. Vous pouvez bien sûr fermer les yeux, et
continuer à vous laisser rassurer par les discours débonnaires qu’Alain Duez vous susurre. Mais sachez au moins une chose, que personne ne sort intact de son passage à L’âge de faire, personne…
Maintenant vous savez.
Patrick Levieux
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