Le désir est excès.

Publié le par Bernard Bel

Je lis avec beaucoup d’intérêt « Théorie du corps amoureux — Pour une érotique solaire » de Michel Onfray, auteur du « Traité d’athéologie : physique de la métaphysique ».

Des extraits :
Premier lieu commun généré par l’histoire platonicienne d’Aristophane : le désir est manque. Première idée à détruire quand on se propose le renversement du platonisme sur la question des relations sexuées — car le désir est excès […]

La généalogie idéaliste du désir suppose la définition de l’amour comme recherche de la complétude originaire. Absence à conjurer, vide à combler, métaphysique du trou à boucher, dirait Sartre dans le langage délicat de son ontologie phénoménologique. […]

Depuis Aristophane jusqu’à Lacan — qui a redoré le blason de l’androgyne platonicien dans ses séminaires, on s’en souvient —, le désir passe pour l’énergie de la reconquête de l’unité primitive, la force motrice des restaurations de l’entité première. Il vaut électricité impulsant la lumière amoureuse. Les hommes trompent leurs femmes ? Les épouses désirent d’autres partenaires que leurs maris ? Le monde vit d’énergies sexuelles croisées ? Le réel se structure de puissances génésiques monstrueuses ? Aristophane donne la solution de l’énigme : chacun cherche sa chacune — ou son chacun —, subit la nécessité libidinale aveugle, essaie, ne trouve pas, cherche encore, échoue toujours et subit perpétuellement la réitération d’un désir vécu sur le mode de la souffrance, de la douleur, de la punition pour une hypothétique faute, pourtant jamais commise. Dès lors, culpabilité, maladie et désir se jouent de conserve et se pensent conjoints — et ce depuis plus de vingt siècles.

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