Thé à la menthe

Publié le par Bernard Bel

Une belle soirée dans un restaurant marocain chic et délicieux, en compagnie de JC, l’un des deux témoins (et seuls invités) de notre mariage dans cette ville très collet-monté… Il vit séparé de sa compagne qui était l’autre témoin.

Je me dis que l’amour-passion est comparable au thé à la menthe : bien sucré et limpide en début de repas. En fin de repas, refroidi, un peu amer. Trouble parfois.

A. nous a parlé d’un de ses oncles qui piquait des colères terribles contre sa femme, auxquelles la pauvre ne pouvait répondre que par des geignements, ce qui avait pour effet d’attiser encore plus la violence. Comment en arrive-t-on là ? Je me pose la question en croisant de jeunes couples enlacés — « amoureux » ou qui confondent l’amour et le désir. Peu en arriveront là, aujourd’hui, car le zapping polygame et la solitude des vieux jours éludent le problème. Mais que vaut-il mieux ? L’angoisse de la solitude, ou cette espèce de schizophrénie bicéphale qui se nourrit des rancœurs accumulées ?

Pour moi, il y a une troisième voie qui consiste à ne rien laisser s’accumuler. Mais la première accumulation, celle qui entraîne les autres comme des scories, ce sont les engagements, les promesses, les grandes déclarations sur ce que devrait être notre vie commune.

Je repense à cet officier d’État civil qui nous a mariés devant une salle vide, mis à part nos témoins fort discrets, et à qui j’ai répondu au moment des félicitations d’usage : « Ne vous fatiguez pas, nous sommes ici pour l’allocation logement ! » On était samedi matin. Dehors il y avait une cohorte de bagnoles rutilantes, mariées en blanc et blanc-becs encravatés qui attendaient leur tour…

Une belle soirée, au goût suave de l’amitié qui n’a pas besoin de beaucoup de mots. Au retour, nous avons pris en stop une jeune femme et fait un long détour pour l’amener jusque chez elle. Pour qu’elle aussi ait quelque chance de penser que c’était une belle soirée.

Publié dans PRISES DE TETE

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